Les années inexpérimentales
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Petit détour au pays de l’économie et des profits

Message pour Claire : il y a aussi dans ce texte un encadré sur "les acteurs".

vendredi 30 juillet 2010, par Mathieu Sonck

Avant la guerre, le capitalisme était très mal régulé, les salaires n’étaient pas indexés sur la productivité, les gains de productivité étaient principalement accaparés par les détenteurs du capital. La croissance était faible et l’économie d’avant guerre se caractérisait par une crise de surproduction. Une crise qui avait un impact immédiat sur l’emploi, seule variable d’ajustement pour maintenir les taux de profit, ce qui engendrait une baisse de la consommation et donc aggravait la crise de la surproduction dans une spirale infernale. L’immédiat après guerre voit naître des mouvements sociaux inspirés par le système soviétique qui oblige les gouvernant occidentaux à faire des concessions. C’est l’époque des grands travaux, de la création de l’assurance chômage, de la sécurité sociale. Cette politique, dite keynésienne fonctionne jusqu’à la fin des années 60. La croissance des marchés est assurée par les régulations salariales (et les consommations de l’état régulateur – et tout de même le lubrifiant du crédit), les gains de productivité dans le secteur des équipements contrebalancent l’accumulation physique des équipements (induite par le jeu de la concurrence). Dans les années 60, les profits sont donc générés par les interventions régulatrices de l’Etat et par une indexation des salaires sur la productivité, ce qui stimule la demande.

Le début des années 70 marque un changement important : la concurrence ne se fait plus sur les salaires mais sur les équipements. Tant que ces investissements ne sont pas trop coûteux, le système se maintient vaille que vaille. Mais les gains de productivité dans le secteur des équipements ne parviennent plus à compenser l’accumulation physique des équipements (toujours induite sous l’effet des initiatives individuelles privées, elles-mêmes contraintes par la concurrence) . Les taux de profit baissent, et entraînent le chute de l’accumulation

Dès 1979, c’est le coup de force du capitalisme, personnifié par l’arrivée au pouvoir de M. Thatcher en Grande Bretagne et R. Reagan aux États-Unis. Cette période se caractérise par une forte modération salariale et par la mise en place de mécanismes de dérégulation, les profits s’envolent.

Image 1 Légende : la part des salaires dans le PIB toujours plus faible

Image2 Légende : … et les inégalités toujours plus fortes.

Petit encadré : le coefficient de Gini est une mesure du degré d’inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée. Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l’inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n’ont rien).

Pendant les années 80 et 90, le marché est en croissance lente en Europe, plus rapide aux États-Unis tirés par le crédit. Un crédit qui vient de démontrer ses limites avec la crise des subprimes. Une crise qui n’est sans doute pas finie dans la mesure où certains produits de crédit n’ont pas encore pu montrer leurs effets. La crise de 1998 est liée aux subprimes dites 38/40 qui obligeait les ménages à rembourser le crédit au bout de deux ans. Les subprimes 34/40 (début du remboursement au bout de 6 ans) n’ont pas encore montré leurs effets...

En moyenne dans le monde, le taux de croissance de l’économie est en baisse constante.

Le monde fait face à une crise structurelle des débouchés qui se caractérise par une baisse de l’investissement productif (courbe rouge en chute depuis le choc pétrolier). Les profits sont en mal de placement et l’écart entre les profits et l’investissement va croissant.

Cet écart constitue la base idéale pour le développement d’une économie spéculative, qui suppose une pression pour la dérégulation des marchés financiers, qui boucle la boucle entamée en 1979 en produisant toujours plus de chômage et de spéculation.

La phase du capitalisme que nous traversons n’est pas stable. Un monde ancien tarde à mourir et un nouveau tarde à naître. Entre les deux, il nait des monstres...

Pour financer les services à la population, les autorités bruxelloises cherchent à élargir la base fiscale en attirant des ménages aisés ainsi que des investissements productifs pourvoyeurs d’emploi. Ces intentions sont à la base des politiques de rénovation urbaine, de subsidiation de logements moyens mais aussi du développement international de Bruxelles, de la promotion du tourisme, etc. Autant de politiques qui ont aussi des effets négatifs sur les plus pauvres des bruxellois.

Ainsi, les politiques de rénovation urbaine provoquent le déplacement des plus pauvres au delà des limites de la région bruxelloise. Les projets de la SDRB ne font que retarder la fuite des classes moyennes stimulée par la mise en œuvre du RER car celles-ci ont expriment toujours majoritairement leur préférence pour la villa 4 façades à la campagne. La volonté des gouvernants bruxellois de faire de Bruxelles une ville de délassement ne crée qu’un emploi précarisé par la forte compétition qui existe dans ce secteur avec d’autres grandes villes européennes et n’est pas sans effet sur la mutation sociologique des quartiers populaires voisins des zones visées par le PDI. Au lieu de réguler, l’Etat encourage l’investissement spéculatif et appauvrit à terme la grande majorité de la population qui n’a d’autre choix pour vivre que de travailler (ou de chercher un travail). Dans ces conditions, la dualisation sociale n’est pas prête de s’arrêter !

La tentative d’analyse qui précède tend à montrer que la majeure partie de la richesse produite par le système capitaliste est bien captée par la finance spéculative, dont les Bruxellois constatent une les effets chaque jour dans le paysage urbain. Car comment qualifier l’évolution du marché des bureaux à Bruxelles, sinon de spéculative ? Quel jugement porter sur les divers projets de centres commerciaux de promoteurs qui ne portent aucune attention à la pérennité de l’activité que leur bâtiment abritera à terme ? Quel sens y a-t-il à permettre la construction d’une tour de logements de luxe en plein quartier populaire alors que la demande pour ce genre de biens n’est pas avérée ? Qui seront les clients du luxueux « Leopold Village » érigé récemment sur l’îlot Froissart-Comines ? Comment se réjouir de l’arrivée à Bruxelles d’un public international qui ne contribue que maigrement à la redistribution des richesses par le moyen le plus inégalitaire qui soit (la TVA), que la Région ne maîtrise pas, un public qui reste souvent domicilié en dehors de la Région pour d’évidentes raisons fiscales ?

Encadré

Les vieux quartiers centraux au cœur de toutes les convoitises ?

Dans les quartiers centraux, certains acteurs tirent bien leur épingle du jeu. Ce sont d’une part les très riches, ceux pour lesquels il est impératif d’être en permanence où ça se décide. Ceux qui aussi cherchent à se loger « originale », en réhabilitant de vieilles demeures du centre ville ou en s’installant dans des lofts. Du coté des détenteurs de capitaux, on retrouvent les spéculateurs immobiliers actifs tantôt sur le marché du bureau, tantôt sur le marché du logement de luxe, selon la conjoncture. Ces deux publics sont évidemment potentiellement très intéressés par le patrimoine industriel en friche.

A l’autre bout du spectre, les vraiment pauvres, qui vivent dans des logements salubre ou non sous la pression constante des programmes de rénovation urbaine.

Entre les deux, des habitants des quartiers pauvres, ni pauvres, ni riches, parfois propriétaires non immédiatement menacés par la gentrification, jouissant sans trop de risque des améliorations du quartier, qui à terme loueront leur bien ou le vendront avec une plus-value leur permettant de quitter la régions pour une contrée plus verte.

Entre les deux également, des riches pas si riches, souvent des jeunes issues de la classe moyenne en voie de précarisation, certes attirés par la ville centrale mais avec une stabilisation professionnelle de plus en plus tardive , des difficultés croissantes à se payer la 4 façades en périphérie, une stabilisation conjugale de plus en plus tardive qui se traduit par

une forte augmentation des ménages de jeunes isolés. Des gentrificateurs poussés dans le dos... et pas tous enthousiastes mais cibles de choix pour les pouvoirs publics en mal d’assiette fiscale.

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