Les années inexpérimentales
Accueil du site > BEM > Bem 261 - Démographie > Familles en mutation. Recomposition des ménages

Encadré - Marie-Anne Swartenbroekx

Familles en mutation. Recomposition des ménages

lundi 12 novembre 2012, par Marie-Anne Swartenbroekx

Si l’évolution démographique de notre ville pèse sur les besoins en terme de logements et de services, l’évolution de la composition des ménages est un autre facteur à prendre en compte pour définir les priorités dans ces matières.

Toute augmentation de la population a nécessairement un impact sur les politiques publiques en matière de logement et de services. Ceci semble tomber sous le sens, mais au regard des politiques publiques menées en la matière, nous pouvons légitimement nous poser la question de la compréhension

mais à la lecture du projet de "PRAS démographique", nous pouvons légitimement nous questionner sur la compréhension

La famille classique, duo-parentale avec deux (ou trois) enfants tend à ne plus être la norme. Or la morphologie des logements bruxellois est relativement basée sur ce premier modèle et l’évolution vers des formes différentes voir modulables n’est pas encore une réalité, ce qui implique une difficulté accrue pour certains ménages à trouver un logement adapté.

On pense bien sûr aux familles nombreuses, en particulier celles bénéficiant de faibles revenus [1], mais également aux familles monoparentales qui semblent être toujours plus nombreuses à Bruxelles.

Un autre phénomène qui tend lui aussi à prendre de plus en plus d’ampleur est celui de la garde alternée des enfants chez les couples séparés. Ceci a évidemment un impact sur le marché du logement puisqu’un nombre important de chambres n’y sont occupées qu’une semaine sur deux. Ceci contribue a augmenter la tension déjà existante sur le marché du logement.

Bruxelles, capitale de la famille monoparentale

Historiquement, la monoparentalité commence à prendre de l’importance depuis les années 1960. Les familles monoparentales représentaient 33% des familles avec enfants dans les 19 communes bruxelloises en 2008, contre seulement 20% en région flamande et 29% en Wallonie.

Par ailleurs, 15% des mères bruxelloises vivent seules lorsqu’elles accouchent. 24,4% des enfants bruxellois en dessous de 18 ans grandissent dans une famille monoparentale et 70,8% dans une famille plus « classique ». Les 4,9% restants concernent des enfants qui vivent chez des grands-parents ou dans une famille d’accueil.

Il est probable que la région bruxelloise, en tant que grand centre urbain, devienne à un moment donné du cycle de vie, un refuge pour les familles monoparentales (De Corte et autres, 2003). Les jeunes ménages à revenus moyens quittent la région et trouvent un logement –abordable et mieux adapté- en périphérie bruxelloise où ils s’établissent pour fonder une famille. A la suite d’une désunion ou d’un décès, ces familles, devenues entre-temps monoparentales, retournent en ville. Plusieurs raisons expliqueraient ce « retour » : d’abord la nécessité de réduire les temps de déplacements entre lieu de travail, école et domicile et de profiter de la proximité des services et du commerce. Ensuite, au vu de la nouvelle situation familiale, la recherche d’un logement adapté et moins cher. Enfin, après une séparation, le retour à la location d’un logement en ville est le plus souvent envisagé.

Globalement 81 % des chefs de famille monoparentale étaient des femmes en 1991. Le rapport revient à 77,5% en 2008. Cette proportion monte à 90,3% si on prend en compte seulement les ménages monoparentaux avec au moins un enfant de moins de deux ans.

Des familles généralement pauvres

Un peu moins de la moitié des chefs de famille monoparentale travaillent. 37,8 % sont salariés. 5,9% sont indépendants. Les autres sont demandeurs d’emploi, inactifs ou émargent au CPAS. La comparaison entre le taux d’emploi des familles monoparentales et celui des familles duoparentales montre que celui des parents qui élève seul son enfant est significativement plus bas et cela, autant chez les hommes que chez les femmes. Des comparaisons sur base du sexe font davantage ressortir la position plus difficile des femmes. Les familles monoparentales sont surreprésentées par rapport aux duoparentales dans les catégories demandeurs d’emploi (17,9 % contre 8,2%), « inactif-hors revenu d’intégration sociale ou aide financière » (14,7 % contre 6,3 %) et « Revenu d’intégration sociale ou aide financière (8,9 % contre 1,1 %) [2].

Ségrégation urbaine marquée

Géographiquement, les familles monoparentales sont surreprésentées dans les quartiers où se situent d’importants ensembles de logements sociaux et globalement dans les zones où les loyers sont les moins chers. Elles se situent très peu en première couronne (centre-ville), mais plutôt en seconde couronne à l’exception du sud-est. Les quatre figures ci-dessous montrent l’évolution de la proportion de familles monoparentales à Bruxelles ainsi que leur répartition sur le territoire (source : Monitoring des quartiers, en ligne).

Insérer figure 1 « Part des ménages monoparentaux par rapport aux quartiers en 1981, 1991, 2001, 2006 (%) »

Le fait que ces familles se retrouvent plus fréquemment dans des quartiers ou des types de logements meilleur marché est évidemment lié à une plus grande fragilité économique. La qualité des logements occupés et les conditions d’occupation de ces logements s’en fond naturellement ressentir. "A Bruxelles, pour les mères seules avec enfants, les logements sont souvent plus petits, de moins bonne qualité et proportionnellement plus coûteux que la moyenne. Les logements sont par ailleurs moins bien chauffés, démontrent plus de problèmes d’environnement (bruits, pollution, vandalisme, délinquance,…) et sont moins bien équipés" (Nicolas Bernard, CRISP, 2007).

Marie-Anne Swartenbroekx Rédigé sur base de l’article de Martin WAGENER, La monoparentalité à Bruxelles – entre ségrégation urbaine et réappropriation du rapport à l’espace, article écrit pour la biennale du Genre à Grenoble, 2012

Notes

[1] qui se rencontrent aux deux extrémités de l’échelle sociale : chez les plus démunis et chez les plus aisés [[Marie-Thérèse Casman, Le Soir, 2009, sur base de onze vagues d’enquêtes de 1992 à 2002

[2] La position d’inactif (hors RIS/Aide financière) renvoie principalement à une des incapacités de travail ou à des pensions sans emploi)

2 Messages de forum

  • J’ai pas mal de remarque par rapport à cet article, mais la première chose est qu’il fait en partie double emploi avec l’article de Wagener, en tous cas dans la seconde moitié.
    En dehors de ce problème là voici quelques éléments :

    - L’introduction devrait mieux coller avec le texte. Le texte porte sur les familles monoparentales, alors que l’introduction n’évoque que les familles nombreux. Peut être vaudrait-il mieux insister sur la difficulté de trouver un logement en particulier pour deux type de ménages : les familles nombreuses et les familles monoparentales.

    - L’approche famille monoparentale versus duoparentale fait complètement abstraction d’une réalité de plus en plus prégnante et qui est loin d’être neutre en termes d’occupation du territoire, c’est celle des gardes alternées et des familles recomposées, ce qui engendre de nombreuses occupation de l’espace à temps partiel... Evidemment l’approche statistique sur base du registre d’inscription des communes ne permet pas de rendre compte de cette réalité.

    - Je ne comprends pas bien la phrase « Les familles monoparentales sont surreprésentées par rapport aux duoparentales dans les catégories demandeurs d’emploi (17,9 % contre 8,2%) ». En général ce sont les individus qui sont demandeurs d’emploi, quand tu parles de familles, cela sous-entend-il des familles où les deux parents sont demandeurs d’emploi ou alors des familles où l’un des parents est demandeur d’emploi ce qui n’est pas la même chose. Bref, je trouve que ce passage n’est pas très clair.

    - Par rapport à la « distribution spatiale » des familles monoparentales :
    « Les quatre figures ci-dessous montrent comment l’inscription territoriale des familles monoparentales a évolué dans les trente dernières années (source : Monitoring des quartiers, en ligne). »
    En regardant les figures, cela traduit pour moi non pas une évolution de l’inscription territoriale mais avant tout une apparition du phénomène qui certes est inscrit d’une certaine manière dans le territoire et en particulier là où les loyers sont moins élevés. Mais surtout on voit qu’en 1980 il est quasi inexistant.

    - Quand à la sur-représentation des familles monoparentales dans les logements sociaux, je trouve que c’est un peu tarte à la crème dans la mesure où les personnes isolées avec enfants à charge reçoivent des points de priorités pour accéder au logement social. Ce ne sont pas nécessairement ces familles là qui font plus le choix du logement social, mais simplement elles y ont plus facilement accès. Par ailleurs, étant donné le système de calcul des loyers qui prend en compte l’ensemble des revenus du ménage (sans parler des avantages à rester isolé pour les allocations de chômage) il y a un phénomène largement répandu dans le logement social de non déclaration des cohabitations.

    Répondre à ce message

  • Familles en mutation. Recomposition des ménages 20 novembre 2012 14:40, par Mathieu Sonck

    Manque dans cet article un § sur les familles recomposées et les gardes partagées, qui expliquent une partie de la "sous-occupation" des logements.

    Par ailleurs, il me semble difficile d’axer la réflexion sur ce sujet sur seule base des statistiques sans comprendre les éléments qui les produisent. Les familles monoparentales ont un accès privilégiés aux logements sociaux parce que c’est un critère pris en compte dans les listes d’attentes et ceci explique leur surreprésentation dans le secteur des logements sociaux.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0