Les années inexpérimentales
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Ce à quoi nous tenons

lundi 23 janvier 2012, par NicolasPrignot

Emilie Hache, Ce à quoi nous tenons, édition « les empecheurs de penser en rond », la découverte, paris, 2011.

A la fin de ce numéro sur le pic du pétrole, nous voulions revenir sur l’ouvrage d’Emilie Hache, guide précieux pour penser les questions écologiques. Livre de philosophie, celui-ci est pourtant bien différent de ce qui se fait dans le domaine. On pourrait même dire qu’il prend le chement inverse de la plupart des livres de philosophie morale. Au lieu de nous décrire des principes moraux abstraits et d’en déduire les comportements que nous devrions adopter selon ces principes, E. Hache se lance à la découverte des inventeurs, des constructeurs de nouvelles morales. L’enquête se veut tout à fait écologique, puisqu’elle art de la question de comment faire cohabiter différents êtres : humains, mais également animaux, virus, produits technologiques, carbone, etc. Si dans un monde un peu plus simple (ou simplifié à outrance) on pouvait encore séparer ce qui relève de l’humain de ce qui lui est étranger, on a aujourd’hui du mal à faire une séparation entre ce qui relèverais purement de la nature ou de l’homme. Comment, dans ses conditions, penser les questions de morale ? Celles-ci ont en effet été précisément formulées pour un monde où il est possible de faire la différence entre humains et non-humains. Emilie Hache propose de nous exposer, ou plutôt « d’accompagner et de rendre compte » de cas concertes d’invention de réponses morales pragmatiques, produite par des groupes réels. Les réponses sont pragmatiques, au sens philosophique, c’est-à-dire qu’elles refusent de séparer les propositions de leurs conséquences concrètes, et morales, au sens ou elles refusent de traiter certains êtres uniquement comme des moyens, et non des fins. Cela ne revient évidemment pas à tout accepter, mais plutôt à accepter de mettre à nouveaux les diverses fins en rapport, de tenter de les articuler les unes aux autres en dehors d’une hiérarchie prédéfinie. Le mouvement est étrange, mais réussi. Des OGM au virus du SIDA en passant par les animaux « de laboratoire », Emilie Hache nous entraine dans un paysage vivant, fait de tentatives de négociations entre des êtres à nouveau intéressants. Car c’est la grande force de l’ouvrage : montrer comment des collectifs ont réussi à réouvrir autrement des questions, en les rendant plus complexes, moins manichéennes, et par là même plus belles, plus importantes, avec plus d’enjeux.

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