Les années inexpérimentales
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Dimensions sociales des technologies sans fil.

mercredi 23 mars 2011, par Gérald Hanotiaux

La publicité, omniprésente pour promouvoir la téléphonie mobile, voudrait nous orienter vers un modèle de vie où elle serait indispensable. Suite à une analyse élémentaire, nous comprendrons pourtant qu’en une quinzaine d’années d’imposition massive de cette technologie, les besoins humains et sociaux n’ont pas variés. Nous verrons également que les désagréments induits sont bien plus graves et nombreux que de supposés avantages. Explorons quelques dimensions sociales, particulièrement problématiques.

Au long d’une journée, nous ne comptons plus le nombre de dérangements causés par les sonneries des téléphones mobiles présents dans notre entourage. Il n’y a pas si longtemps encore, leurs détenteurs éteignaient la machine lors d’une relation sociale ; par la suite la personne, un peu gênée, ne répondait pas en cas de sonnerie. Aujourd’hui, nous sommes bien obligés de constater la prééminence des sollicitations électromagnétiques sur la relation physique en cours. Les gens répondent, partout et tout le temps, y compris au milieu des conversations les plus importantes ou les plus intimes, parfois même au cinéma ou lors de cours du soir, face au professeur.

Le téléphone mobile nous rapproche tous ?

Il n’est pas rare aujourd’hui, lors d’un face à face, de devoir patienter plusieurs minutes afin qu’une conversation téléphonique impromptue se termine, pour ensuite constater la perte du fil de la discussion. Pourtant, lorsque nous sommes en compagnie de quelqu’un, ne sommes-nous pas censés être ensemble ? Nous voyageons, en permanence, en Absurdie, la conversation ne tenant parfois qu’en un laconique « je ne peux te répondre, je suis avec quelqu’un » ! Posons-nous désormais la question : qu’est donc devenue la vie sociale à l’aune de ces technologies ? Tout est-il donc devenu soudain si urgent ? Plus qu’un moyen de communication, nous pouvons constater aujourd’hui l’instrument de dé-communication que représente le téléphone mobile.

De nouvelles dépendances apparaissent au sein des pratiques sociales, étudiées par les psychologues. Les personnes touchées présentent un profil particulièrement dénué de confiance en soi, accompagné d’une gestion chaotique des rapports sociaux. Des néologismes apparaissent, telle cette « nomophobie » désignant la panique de l’individu en cas d’oubli du téléphone mobile ou de batterie vide, qui pousse certains à dormir avec leur téléphone allumé dans la pièce, parfois sous l’oreiller. Ces phénomènes sont loin d’être marginaux, et les cas les plus extrêmes peuvent aboutir à une hospitalisation. L’agence antidrogue espagnole a communiqué sa prise en charge de deux adolescents de douze et treize ans, dépendants des technologies sans fil. « Ils sont arrivés pour leur addiction à "Messenger" (système d’envoi de messages rapides sur internet, ndlr) mais nous avons vu qu’ils avaient aussi une addiction au téléphone portable », déclare Maite Utgés, directrice d’un centre de pédopsychiatrie à Lleida. Ces deux jeunes, utilisant leur téléphone portable sans cesse, en sont arrivés à se mettre en échec scolaire et à se désocialiser jusqu’à devoir être suivis par un centre de santé mentale infantile et juvénile. La responsable du centre juge la durée du traitement nécessaire à deux ans, étant donné leur utilisation de l’engin durant cinq à six heures quotidiennes. « Le centre de Lleida a la particularité de soigner au total 20 enfants et adolescents pour leur addiction à internet, précise El Mundo. L’Agence antidrogue espagnole estime qu’environ 10 % des adolescents de Madrid souffrent d’addiction au téléphone portable ou à internet (…) ». (1) Quel événement, autre que l’internement, pourrait mieux révéler la dé-socialisation induite par ces nouvelles technologies ?

Un agent de désorganisation

Pour les détenteurs d’un téléphone mobile, les journées s’organisent la plupart du temps en dernière minute. Désormais l’expression « vivre au jour le jour » a manifestement laissé derrière elle une bonne part de son sens. Le temps se vit heure par heure, voire pire, et tout programme peut changer en cours de route, au détriment du respect des engagements pris. Les jeunes sont particulièrement concernés, car ils n’ont souvent jamais connu leur vie autonome sans cette machine. Pour comprendre l’ampleur du handicap, il faut se plonger dans le regard perdu de certains adolescents, lorsque nous tentons de projeter une entrevue quelques jours à l’avance. Certaines personnes se plaignent d’une vie devenue « en pointillés », l’entourage les contraignant à un rythme de zapping permanent. Ces machines révèlent donc avec force leur fonction de déstructuration sociale.

Contrairement aux idées reçues, nombreuses sont les personnes « admiratives » face à une vie sans téléphone mobile, désirant également se retrouver seules en rue et libres de décider de leur emploi du temps. Pour beaucoup, la ligne de démarcation de la vie privée s’est déplacée, le téléphone faisant office d’engin de contrôle. La banalisation de son usage dans la vie quotidienne entraîne, par exemple, la nécessité de toujours devoir répondre à la rengaine « t’es où ? », et permet également la vérification des appels dans l’historique de la machine.

A l’entrée d’un lieu de rassemblement de masse, innombrables sont les individus en conversation téléphonique, dans l’unique but d’exposer à autrui où ils se trouvent. Cette technologie permet, en une seule soirée d’activité en un lieu, d’engendrer des sommes colossales pour cette seule fonction de palliatif aux rendez-vous non fixés. Bien entendu les opérateurs ont calculé l’aubaine, comme nous le montrent le discours d’un « Product Manager Geomarketing », dont l’une des activités est le « renfort-réseau » ; des propos indiquant par ailleurs l’intérêt d’effectuer la mesure des radiations imposées aux amateurs de musique. « Lors de grands événements tels que Werchter, Marktrock, Pukkelpop, ou encore les Francofolies de Spa, le réseau doit être renforcé localement pour supporter les appels simultanés des dizaines de milliers de spectateurs (...). Nous optimisons les antennes existantes qui couvrent le site et, surtout, nous disposons de deux antennes mobiles montées sur camions qui peuvent être installées aux abords du site juste avant le début de l’événement. En cas de besoin, nous installons aussi des mâts provisoires avec des antennes supplémentaires, un peu comme ceux que l’on trouve le long des autoroutes (…). Je souhaite à tout prix sécuriser les communications entre les festivaliers : c’est primordial ! Aujourd’hui, on s’appelle et on envoie des SMS pour un oui ou pour un non. Sans parler des MMS pour rendre les absents jaloux (…), suite à l’analyse des statistiques des années précédentes, nous avons commandé deux camions supplémentaires qui renforceront notre flotte dès cet été » (2). Etreints d’un sentiment d’inquiétude sanitaire extrême, nous nous demandons si désormais les trois opérateurs effectuent le même « renforcement de flotte » aux abords des festivals ?

La grande réussite des opérateurs de téléphonie mobile est sans conteste d’avoir rentabilisé la désorganisation sociale, organisée par leurs soins.

Les lignes de séparation du temps

Aujourd’hui plus une réunion ne se déroule normalement, sans interruption du travail par la sonnerie d’un appareil, et plus aucun embarras n’est causé par l’indélicate interruption : souvent la personne se lève et quitte la table, voire répond sur place à la sollicitation. Il n’est pas rare de devoir attendre le retour de la personne, sa présence s’avérant nécessaire pour la poursuite du travail. L’anormal est devenu tout à fait banal, et le travail associatif et professionnel subit en conséquence la déstructuration technologique.

Le modèle de société apparaît clairement lorsqu’on se penche sur le rythme de vie imposé, à la suite de leur invasion de la vie quotidienne. Pour les travailleurs indépendants, c’est la course à la vitesse pour décider de l’issue d’un contrat et la pression constante du travail. Les employés, de leur côté, doivent être joignables par un collègue ou un chef de service dans les moments les plus privés et incongrus. Des travailleurs intérimaires sont contactés en dernière minute, les employeurs imposant ce critère de disponibilité extrême. Les « trois huit », nombre quotidien d’heures de travail, de sommeil et de loisirs, symbolisant la revendication chère aux mobilisations sociales du siècle dernier, semblent bien loin !

Des enjeux financiers colossaux

Pour terminer, évoquons la question financière. Si nous en sommes à ce point, c’est évidemment en raison du caractère extrêmement rentable de ces technologies pour leurs exploitants. Alors qu’une bonne part des communications réalisées au téléphone mobile sont totalement dispensables, les opérateurs sont parvenus à s’insérer dans toutes les dimensions relationnelles entre individus. Nous pourrions citer de nombreux exemples, mais imaginons seulement les milliers d’appels quotidiens annonçant à l’interlocuteur : « j’arrive dans cinq minutes » ! Ces pratiques sociales ont pour unique effet l’enrichissement de quelques entreprises sur le territoire belge. Certains technophiles sont capables d’annoncer, telle une quasi-fierté, un montant mensuel facturé de 200 euros ! L’analyse des dépenses des ménages, au cours du temps, présente une part toujours plus élevée consacrée au téléphone mobile (3). Dans le sillon de cette seule donnée statistique s’insèrent de nombreux problèmes sociaux. Des individus s’endettent gravement pour répondre à leurs pulsions téléphoniques, ou aux attentes d’autrui d’un rythme de l’immédiateté totalement irrationnel.

Posséder un téléphone portable n’est pas une fatalité

Nous pourrions sans aucun doute déployer la réflexion indéfiniment, le champ d’étude ouvert devant nous est infini. Il est dès à présent primordial de se pencher avec sérieux sur ces phénomènes, et de travailler à la promotion et à la récupération d’une vie sociale satisfaisante pour tous.

Gérald Hanotiaux

(1) Espagne : deux enfants soignés pour addiction à leur GSM, Dépêche AFP, 14 juin 2008.

(2) Get More, votre magazine Mobistar, été 2008, p.18.

(3) La facture technologique est en hausse, Dépêche Belga, samedi 13 novembre 2010.

1 Message

  • Dimensions sociales des technologies sans fil. 13 avril 2011 19:37, par Gérald

    (TEXTE RETRAVAILLE EN FONCTION DES REMARQUES EN REUNION ET DE RELECTURE SUR LE WIKI)

    Dimensions sociales des technologies sans fil.

    La publicité, omniprésente pour promouvoir la téléphonie mobile, voudrait nous orienter vers un modèle de vie où celle-ci serait indispensable. Si nous analysons cependant la réalité, nous voyons qu’en une quinzaine d’années d’imposition massive de cette technologie, les besoins humains et sociaux n’ont pourtant pas varié, et comprenons que les désagréments induits sont bien plus graves et nombreux que de supposés avantages. Explorons quelques dimensions sociales, particulièrement problématiques.

    Par Gérald Hanotiaux

    Le téléphone mobile nous rapproche tous ?

    Au long d’une journée, nous ne comptons plus le nombre de dérangements causés par des sonneries de téléphones mobiles. Il n’y a pas si longtemps encore, on éteignait la machine lors d’une relation sociale ; par la suite la personne, un peu gênée, ne répondait pas en cas de sonnerie. Aujourd’hui, nous sommes bien obligés de constater la prééminence des sollicitations électromagnétiques sur la relation physique en cours. Les gens répondent, partout et tout le temps, y compris au milieu des conversations les plus importantes ou les plus intimes, parfois même au cinéma ou lors de cours du soir, face au professeur. Il n’est pas rare, lors d’un face à face, de devoir patienter plusieurs minutes qu’une conversation téléphonique impromptue se termine, pour ensuite constater la perte du fil de la discussion. Lorsque nous sommes en compagnie de quelqu’un, ne sommes-nous pas censés être ensemble ? Nous voyageons, en permanence, en Absurdie, la conversation ne tenant parfois qu’en un laconique ’je ne peux te répondre, je suis avec quelqu’un’ ! Posons-nous désormais tous la question, qu’est donc devenue la vie sociale à l’aune de cette technologie ? Tout est-il donc devenu soudain si urgent ?

    Plus qu’un moyen de communication, nous pouvons constater aujourd’hui l’instrument de dé-communication que représente le téléphone mobile.

    Un agent de désorganisation.

    Aujourd’hui les journées s’organisent la plupart du temps en dernière minute. Désormais, l’expression ’vivre au jour le jour’ a manifestement laissé derrière elle une bonne part de son sens. Le temps se vit heure par heure, voire pire, et tout programme peut changer en cours de route, au détriment du respect des engagements pris. Celles et ceux qui n’ont jamais vécu adultes sans téléphone mobile sont particulièrement concernés. Pour comprendre l’ampleur du handicap organisationnel, il faut se plonger dans le regard perdu de certains adolescents, lorsqu’il s’agit de projeter une entrevue quelques jours à l’avance.

    Contrairement aux idées reçues, nombreuses sont les personnes désireuses d’une vie sans téléphone mobile, souhaitant par exemple se retrouver seules en rue et libres de décider de leur emploi du temps. Certains se plaignent d’une vie devenue ’en pointillés’, leur entourage les contraignant à un rythme de zapping permanent. La ligne de démarcation de la vie privée s’est déplacée, le téléphone faisant office d’engin de contrôle, entraînant par exemple la nécessité de toujours devoir répondre à la rengaine ’t’es où ?’, ou encore permettant la vérification des appels effectués et reçus, dans l’historique de la machine. Cette technologie révèle donc avec force sa fonction de déstructuration sociale.

    A l’entrée d’un lieu de rassemblement de masse, innombrables sont les individus en conversation téléphonique, dans l’unique but d’exposer à autrui où ils se trouvent. Cette technologie permet, en une seule soirée d’activité en un lieu, d’engendrer des sommes colossales pour cette seule fonction de palliatif aux rendez-vous non fixés. Les opérateurs ont bien évidemment calculé l’aubaine, comme nous le montrent les mots d’un ’Product Manager Geomarketing’, dont l’une des activité est le ’renfort-réseau’ ; des propos indiquant par ailleurs l’intérêt d’effectuer la mesure des radiations imposées aux amateurs de musique.

    « Lors de grands événements tels que Werchter, Marktrock, Pukkelpop, ou encore les Francofolies de Spa, le réseau doit être renforcé localement pour supporter les appels simultanés des dizaines de milliers de spectateurs (...) Nous optimisons les antennes existantes qui couvrent le site et, surtout, nous disposons de deux antennes mobiles montées sur camions qui peuvent être installées aux abords du site juste avant le début de l’événement. En cas de besoin, nous installons aussi des mâts provisoires avec des antennes supplémentaires, un peu comme ceux que l’on trouve le long des autoroutes (…) Je souhaite à tout prix sécuriser les communications entre les festivaliers : c’est primordial ! Aujourd’hui, on s’appelle et on envoie des SMS pour un oui ou pour un non. Sans parler des MMS pour rendre les absents jaloux (…), suite à l’analyse des statistiques des années précédentes, nous avons commandé deux camions supplémentaires qui renforceront notre flotte dès cet été » (1). Tenus par un sentiment d’inquiétude sanitaire extrême, nous nous demandons si désormais les trois opérateurs belges effectuent le même ’renforcement de flotte’ aux abords des festivals.

    Un constat s’impose : l’indéniable réussite des opérateurs de téléphonie mobile est d’avoir rentabilisé la désorganisation sociale, organisée par leurs soins.

    Conséquences d’une utilisation extrême.

    Pour les utilisateurs les plus assidus, de nouvelles dépendances apparaissent au sein des pratiques sociales, désormais étudiées par les psychologues. Les personnes touchées présentent souvent un profil particulièrement dénué de confiance en soi et une incapacité à gérer les rapports sociaux. Des néologismes apparaissent, telle cette ’nomophobie’ désignant la panique de l’individu en cas d’oubli du téléphone mobile ou de batterie vide, qui pousse à garder le téléphone toujours à portée de vue ou dans la main lors de déplacements, ou encore à dormir avec le téléphone allumé dans la pièce.

    A des degrés divers, ces phénomènes sont assez répandus, et les cas les plus extrêmes peuvent aboutir à une désocialisation nécessitant un traitement spécifique. Par exemple, l’agence antidrogue espagnole a largement communiqué à la presse sa prise en charge d’adolescents, dépendants des technologies sans fil. Deux jeunes de douze et treize ans « sont arrivés pour leur addiction à ’Messenger’ (système d’envoi de messages rapides sur internet, ndlr) mais nous avons vu qu’ils avaient aussi une addiction au téléphone portable », déclare Maite Utgés, directrice d’un centre de pédopsychiatrie à Lleida. Ces deux jeunes, utilisant leur téléphone portable sans cesse, en sont arrivé à se mettre en échec scolaire et à se désocialiser jusqu’à devoir être suivis par un centre de santé mentale infantile et juvénile. La responsable du centre juge la durée du traitement nécessaire à deux ans, étant donné leur utilisation de l’engin durant cinq à six heures quotidiennes. « Le centre de Lleida a la particularité de soigner au total 20 enfants et adolescents pour leur addiction à internet, précise El Mundo. L’Agence antidrogue espagnole estime qu’environ 10 % des adolescents de Madrid souffrent d’addiction au téléphone portable ou à internet (…) ». (2)

    Qu’est-ce que le ’temps de travail’ aujourd’hui ?

    L’évolution du versant professionnel de la vie quotidienne nous impose également quelques constats de déstructuration sociale. Plus une réunion ne se déroule normalement, et plus aucun embarras n’est causé par l’indélicate interruption : souvent la personne se lève et quitte la table, voire répond sur place à la sollicitation. Il n’est pas rare de devoir attendre le retour de la personne, sa présence s’avérant nécessaire pour la poursuite du travail. L’anormal est devenu tout à fait banal.

    Le nouveau modèle de société apparaît clairement lorsqu’on se penche sur le rythme de vie qui nous est imposé. Les travailleurs doivent en permanence être joignables par un collègue ou un chef de service, dans les moments les plus privés et incongrus et, autre exemple, les travailleurs intérimaires doivent souvent être disponibles en dernière minute. Comme nous le signale parfois la presse lors du lancement du Xième modèle de la marque Y, « (…) quel(le) secrétaire pourra alors résister aux sollicitations d’un patron tyrannique, qui lui « mailera » - à pas d’heure - des rapports à corriger ? Quel commercial un peu consciencieux résistera à la pression d’un client, lorsqu’une petite vibration l’avertira que de la réponse à un courrier électronique peut dépendre l’issue heureuse d’un contrat, même aux tréfonds de la forêt d’Anlier ? Ciblant un plus large public, l’iPhone sera plus addictif encore. La communication mobile intégrale, partout et tout le temps, c’est une bénédiction pour ceux qui l’asserviront comme un outil bien drillé. Pour les autres, le calvaire électronique peut commencer. » (3)

    Les implications de ces régimes professionnels, ne permettant plus de distinguer de moments distincts dans une existence, pourraient s’avérer dramatiques sur le long terme. Outre la pression personnelle et les dépressions nerveuses, les relations sociales et familiales des individus se révèlent parfois totalement perturbées.

    Les ’trois huit’ -nombre quotidien d’heures de travail, de sommeil et de loisirs-, symbolisant la revendication chère aux mobilisations sociales du dix-neuvième siècle, semblent bien loin !

    Des enjeux financiers colossaux.

    Si nous en sommes à ce point d’évolution, c’est évidemment en raison du caractère extrêmement rentable de ces technologies pour leurs exploitants. Les opérateurs, alors que la plupart des communications réalisées au téléphone mobile ne sont pas indispensables, sont cependant parvenus à s’insérer dans toutes les dimensions relationnelles entre individus. Nous pourrions citer de nombreux exemples, mais imaginons seulement les milliers d’appels quotidiens inutiles annonçant à l’interlocuteur : « j’arrive dans cinq minutes » ! Ces pratiques sociales ont pour effet notable l’enrichissement de quelques entreprises sur le territoire belge. Bien entendu, les consommateurs ont leur part de responsabilité dans les évolutions décrites ici, et certains technophiles sont capables d’annoncer, telle une quasi-fierté, un montant mensuel facturé de 200 euros !

    L’analyse des dépenses des ménages présente une part toujours plus élevée consacrée au téléphone mobile (4). Dans le sillon de cette seule donnée statistique s’insèrent de nombreux problèmes sociaux. Des adolescents dépensent en quelques conversations leur argent de poche mensuel, et des adultes s’endettent gravement pour répondre à leurs pulsions téléphoniques, ou aux attentes d’autrui d’un rythme de l’immédiateté totalement irrationnel. Nous pourrions sans aucun doute déployer la réflexion indéfiniment, le champ d’étude ouvert devant nous est infini. Il est dès à présent primordial de se pencher avec sérieux sur ces phénomènes, et de travailler à la promotion et à la récupération d’une vie sociale satisfaisante pour tous. Posséder un téléphone portable n’est pas une fatalité.

    (1) Get More, votre magazine Mobistar, été 2008, p.18

    (2) Espagne : deux enfants soignés pour addiction à leur GSM, Dépêche AFP, 14 juin 2008.

    (3) Le mobile intégral et ses nouveaux esclaves, Alain Jennotte, Le Soir, 9 juillet 2008, p.3.

    (4) La facture technologique est en hausse, Dépêche Belga, samedi 13 novembre 2010.

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